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Le décapsuleur de bière, trois pièces depuis 1894

Un ouvre-bouteille tient en trois pièces décrites par William Painter en 1894 : un manche, une butée qui se centre sur la capsule et lui sert de point d’appui, une lèvre qui passe sous son bord. Tout ce qui s’est vendu depuis les reprend, y compris le modèle fixé au mur.

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Un décapsuleur défait un pliage. La capsuleuse a refermé la jupe d’une capsule couronne sur l’épaulement du goulot, et l’outil rend cette déformation en un point unique du pourtour. Le mécanisme qui permet ce geste a été décrit en une page par William Painter en 1894, il n’a pas bougé depuis, et le lire explique aussi bien pourquoi un outil ripe que pourquoi celui qui traîne dans un tiroir n’est pas près d’être remplacé.

Trois pièces, et une revendication qui tient en une phrase

William Painter, à Baltimore, dépose le 5 juin 1893 un Capped-bottle opener, délivré le 6 février 1894 et cédé à la Crown Cork and Seal Company. Il y écrit que son ouvre-bouteille comporte pour l’essentiel un manche portant à l’une de ses extrémités une butée de centrage et une lèvre d’accroche, que la butée doit en outre fournir le point d’appui, et que la lèvre doit se trouver sensiblement dans l’axe du manche, de sorte que celui-ci puisse servir de levier une fois l’outil posé sur la capsule (Painter, 1894). La revendication finale ne dit rien de plus, et tout ouvre-bouteille vendu depuis reprend ces trois pièces.

L’objet à ouvrir avait été prévu pour cela deux ans plus tôt. Le brevet de la fermeture, délivré en 1892, précise que le bord inférieur de la collerette dépasse assez de la surface du verre pour qu’un ouvre-bouteille vienne s’y engager librement, et revendique cette saillie comme telle (Painter, 1892). La prise n’est donc pas un effet secondaire de la forme de la capsule, c’est une saillie ménagée pour l’outil au moment même où la fermeture était dessinée.

La butée fait deux choses, et c’est la première qui manque quand l’outil ripe

Painter décrit sa butée comme une boucle ouverte dont les dimensions latérales sont nettement inférieures au diamètre des capsules auxquelles elle est destinée. Deux points de cette boucle viennent au contact des flancs de la capsule et la centrent ; deux autres portent sur le dessus et servent de points d’appui pendant l’ouverture (Painter, 1894). Le centrage précède l’appui, et un décapsuleur qui ripe est presque toujours un décapsuleur dont les contacts de flanc n’ont pas trouvé la capsule, ce qui laisse la lèvre d’accroche ailleurs que sous le bord.

Le brevet ajoute qu’un seul contact latéral suffit à assurer le service, l’autre pouvant être supprimé (Painter, 1894). C’est la raison de forme pour laquelle des outils très différents fonctionnent également bien : un décapsuleur de poche réduit à une encoche fait le même travail qu’une boucle complète, tant que la lèvre passe sous le bord et que quelque chose porte sur le dessus.

Relever le manche, ou l’abaisser

Deux géométries figurent dans le texte de 1894. Quand la lèvre d’accroche est placée dans l’axe du manche, l’outil s’applique indifféremment sur l’une ou l’autre de ses faces et la capsule se détache en relevant le manche. Quand la lèvre est reportée au côté intérieur de l’extrémité, le manche part vers le haut, à l’écart de la bouteille, et l’ouverture se fait en l’abaissant (Painter, 1894). Les deux gestes que l’on voit encore aujourd’hui sont donc dans le brevet, et aucun des deux n’est plus moderne que l’autre.

Ce qui varie d’un modèle à l’autre tient à deux distances : celle qui sépare la butée de la lèvre d’accroche, très courte, et celle qui sépare la butée de l’extrémité du manche, longue. Leur rapport décide de l’effort à fournir. Painter note d’ailleurs que sur un outil découpé dans de la tôle d’acier, le manche peut être très court et la butée s’arrêter juste après les points d’appui (Painter, 1894) : le décapsuleur plat de porte-clés est déjà là, avec le peu de bras de levier qui le caractérise.

Le modèle fixe figure déjà dans le brevet d’origine

Painter décrit lui-même, dans le même brevet, une version destinée à être montée sur un comptoir ou un établi : un manche large et plat, un trou de vis, une nervure transversale et des pointes au dos pour l’immobiliser (Painter, 1894). Le décapsuleur fixé n’est donc pas un objet de décoration récent, c’est l’une des formes prévues dès l’origine.

Deux brevets des années 1920 disent pourquoi on l’a monté au mur. Leonard G. Gray dépose en février 1927 un ouvre-bouteille mural, délivré en 1930, et donne ses motifs sans détour : les clients d’hôtel ouvrent leurs bouteilles sur les meubles et sur les montants de porte, et causent des dégâts considérables dont le propriétaire ne peut pas tenir le compte ; l’appareil doit en outre maintenir la bouteille droite pendant l’ouverture, pour que le contenu ne se répande pas sur les tapis (Gray, 1930). Joseph A. Hoegger dépose en janvier 1928 un autre modèle mural, délivré la même année que le précédent, dont l’objet déclaré est de pouvoir être formé à la matrice plutôt que coulé, pour une fabrication rapide et économique, avec une embase plate à fixer au mur, une griffe relevée qui passe sous la capsule et un élément débordant au-dessus (Hoegger, 1930).

Ces appareils sont l’ouvre-bouteille de 1894 rendu solidaire d’un support : la griffe est la lèvre d’accroche, l’élément débordant est le point d’appui, et c’est la bouteille qui descend au lieu du manche qui monte. Le modèle mural ne fait donc rien qu’un modèle de poche ne fasse, il déplace seulement l’effort et supprime l’objet égaré.

Côté verre, l’appui se prend sur une pièce cotée

La partie du goulot qui reçoit la capsule et supporte l’outil a ses propres fiches techniques. Le CETIE, référence commune des verriers et des embouteilleurs, publie deux bagues couronne courantes, la 26 H 180, haute, et la 26 H 126, basse, puis trois fiches supplémentaires consacrées à une seule modification, un point P adouci. Le but annoncé est d’améliorer la sécurité à l’ouverture et de réduire les risques de casse, et l’une de ces fiches prévient les embouteilleurs qu’ils pourront avoir à revoir le matériau de leurs capsules, la modification changeant l’interaction entre la capsule et la bague (CETIE, s. d.).

Qu’un détail de quelques millimètres de verre justifie trois fiches distinctes situe l’enjeu. Les conditions de livraison négociées entre les brasseurs allemands et les fabricants d’emballages métalliques le posent d’ailleurs comme une exigence de conception : la capsule doit être faite de telle sorte que ni la fermeture ni l’ouverture, effectuées dans les règles, n’endommagent le goulot (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016). La garantie porte donc sur un geste conforme, et laisse entière la question de tout ce qui s’ouvre autrement.

Ouvrir sans décapsuleur, et ce que le goulot en garde

Tout objet qui offre un appui sur le dessus de la capsule et une prise sous son bord reproduit la géométrie de 1894 et ouvrira la bouteille : c’est pour cela que l’exercice réussit sur un coin de table, sur une poignée ou avec un briquet. Ce qui manque à ces appuis improvisés, c’est le centrage, et donc la certitude que l’effort passe par le dessus de la capsule plutôt que par la lèvre du verre. Gray le constatait déjà en 1927 du point de vue du mobilier, en citant les montants de porte (Gray, 1930), et le CETIE le traite du côté de la bouteille en adoucissant son point P.

La conséquence se lit sur le cycle de la bouteille. Une lèvre ébréchée n’offre plus la même surface à la capsule suivante, et sort du cadre où la spécification garantit que la fermeture n’abîme rien. Sur une bouteille jetée après usage, la question s’arrête là. Sur une bouteille consignée, qui repart pour être lavée, contrôlée et remplie de nouveau, elle décide de son maintien dans le circuit, et c’est l’argument le plus concret en faveur d’un outil qui se centre tout seul.

Ce qui sépare vraiment deux décapsuleurs

La description de 1894 vaut encore pour ce qu’on achète aujourd’hui, et la pièce à ouvrir est restée normalisée. Il n’y a donc pas de génération d’ouvre-bouteilles, pas de rupture technique à attendre, et rien qui rende obsolète celui qui dort déjà dans un tiroir. Ce qui distingue réellement deux modèles se compte sur les doigts d’une main : la butée se pose-t-elle à plat sur le dessus de la capsule, le manche donne-t-il assez de bras de levier pour une main qui a peu de force, l’outil retient-il la capsule au lieu de la laisser tomber, fonction qu’aucun des brevets cités ici ne prévoit, et tient-il à demeure sur un mur ou un plan de travail.

Le reste dépend de la quantité. Pour deux ou trois bouteilles ouvertes à table, un modèle plat qui vit dans un tiroir suffit, avec le bras de levier court que Painter décrivait déjà. Pour ouvrir un pack entier au cours d’une même soirée, un modèle fixé épargne la reprise de l’outil à chaque bouteille, ce que Gray cherchait en 1927. Pour qui capsule ses propres bouteilles après un brassage à la maison, l’ouvre-bouteille est le maillon le moins coûteux de la chaîne, très loin derrière la capsuleuse et les capsules elles-mêmes.

Reste le cas où l’outil ne sert pas. Une bouteille à bague filetée s’ouvre à la main, et un fût ne pose pas la question, puisque rien ne s’y sertit et que sa fermeture se manœuvre autrement. Entre ces deux extrêmes, le geste reste celui de 1894, et le verre dans lequel la bière finit compte davantage que l’objet qui a ouvert la bouteille.

Questions fréquentes

Peut-on ouvrir une bouteille de bière sans décapsuleur ?

Oui, et sans mystère : tout objet qui offre un appui sur le dessus de la capsule et une prise sous son bord reproduit la géométrie du brevet de 1894. Ce qui manque à ces montages, c’est le centrage, la fonction que Painter confie à sa butée avant même le point d’appui. Le risque se porte alors sur la lèvre du goulot, la zone que le CETIE a jugé utile d’adoucir pour réduire les casses à l’ouverture, et sur le meuble qui sert d’appui, argument que le brevet d’un ouvre-bouteille mural de 1927 invoquait déjà.

Un ouvre-bouteille mural est-il différent d’un modèle de poche ?

Mécaniquement, non : les trois pièces sont les mêmes, et Painter avait déjà prévu en 1894 une version à visser sur un comptoir, manche large, trou de vis et pointes au dos. Ce que la fixation apporte tient dans les motifs des brevets muraux de 1927 et 1928, et aucun n’est mécanique : épargner les meubles et les montants de porte sur lesquels on ouvrait jusque-là, tenir la bouteille droite pour ne pas en renverser le contenu, et produire l’objet à la matrice plutôt qu’en fonderie.

Faut-il un décapsuleur différent selon la bouteille ?

Non, et le catalogue des bagues de goulot explique pourquoi. Le CETIE en publie deux courantes, la 26 H 180 haute et la 26 H 126 basse : la hauteur du col change, mais la capsule qui la ferme est la même, avec le même bord saillant. Or l’outil prend appui sur la capsule, pas sur le verre. Une bouteille à bague filetée fait exception, non parce qu’elle résiste, mais parce qu’elle s’ouvre à la main.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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