
La bièreGuide 04 / 05
La capsule de bière
Une capsule couronne pèse deux grammes, compte vingt et une dents, et la spécification du secteur lui demande de tenir six bars au minimum. Sous la tôle, un disque souple fait l’étanchéité, et c’est lui, pas le métal, qui décide de ce que la bière prend d’oxygène.
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Sommaire · 8 sections
- Vingt et une dents, et des cotes fixées par une norme
- De 32,1 millimètres à moins de 29
- Six bars au minimum, et sur quoi ce chiffre est mesuré
- Une capsule à dévisser n’est pas une capsule à arracher
- Sous la tôle, un disque qui a changé deux fois
- Un joint qui capte l’oxygène
- Ce que le joint prend aux arômes
- Ce qui se décide au moment du bouchage
Une capsule couronne pèse environ deux grammes. C’est une pièce d’acier embouti, refermée sur le goulot par une machine, dont les cotes sont fixées par une norme au dixième de millimètre et dont la tôle est choisie par nuance selon qu’on l’arrachera ou qu’on la dévissera. Sa face interne porte un disque souple qui ne ressemble en rien au métal qui l’entoure : la tôle assure le serrage, le disque assure l’étanchéité, et ce sont deux histoires techniques distinctes.
Vingt et une dents, et des cotes fixées par une norme
Les conditions techniques de livraison des capsules couronnes, publiées ensemble par la fédération allemande des brasseurs et le syndicat allemand des fabricants d’emballages métalliques, renvoient à la norme DIN 6099 pour les dimensions et donnent les trois cotes qui définissent la pièce : une hauteur de 6 millimètres à 0,15 près, un diamètre extérieur de 32,1 millimètres à 0,2 près, et vingt et une dents (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016). La fiche technique d’un fabricant complète la série pour une capsule à arracher courante : un diamètre intérieur de 26,75 millimètres, une tôle de 0,20 ou 0,22 millimètre d’épaisseur, un poids d’environ 2 grammes (SBI, 2024).
Ces cotes ne valent pas que pour l’Allemagne. La norme européenne EN 17177, publiée en janvier 2020 dans sa version allemande, porte sur ce seul objet, sous un intitulé qui l’appelle capsule couronne de 26 millimètres de diamètre et 6 millimètres de hauteur (DIN Media, 2020). Ces 26 millimètres ne sont pas ceux de la coiffe : la fiche de fabricant citée plus haut nomme elle aussi sa pièce capsule couronne de 26 millimètres tout en lui donnant 32,1 millimètres de diamètre extérieur et 26,75 à l’intérieur (SBI, 2024). La spécification allemande attend d’ailleurs que les capsules de fabricants différents restent utilisables sur un même réglage de capsuleuse (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016). C’est la définition pratique de la normalisation, et c’est ce qui fait qu’un ouvre-bouteille acheté n’importe où ouvre n’importe quelle bouteille.
De 32,1 millimètres à moins de 29
Le verrouillage se joue au sertissage. La capsuleuse referme la jupe sur l’épaulement du goulot, et les vingt et une dents absorbent la différence en se repliant les unes vers les autres. La spécification allemande recommande un diamètre de fermeture compris entre 28,6 et 28,8 millimètres sans l’imposer (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016), et une fiche de fabricant donne une plage voisine, 28,57 à 28,83 millimètres sous une force totale de 400 kilogrammes-force, en acceptant d’aller jusqu’à 28,96 millimètres si la machine l’exige (SBI, 2024). La jupe perd donc un peu plus de trois millimètres de diamètre.
Le brevet de 1892 décrivait déjà ce pliage. La collerette y est présentée comme ondulée sur pratiquement toute sa profondeur, en lignes parallèles à l’axe de la coiffe, et le pressage referme chacune des ondulations intérieures en contact de verrouillage avec l’épaulement de la bouteille (Painter, 1892). Rendre ce pliage est tout ce que fait un décapsuleur, à un seul endroit de la circonférence au lieu des vingt et un à la fois, ce qui explique qu’une pièce dimensionnée pour plusieurs bars s’ouvre avec si peu d’effort.

Six bars au minimum, et sur quoi ce chiffre est mesuré
La même spécification fixe la pression à laquelle la fermeture est autorisée à souffler, et les valeurs qu’elle donne sont des minimums exigés, pas des performances moyennes constatées. Sur une tôle de 0,20 millimètre, aucune valeur individuelle ne doit descendre sous six bars, et la moyenne demandée va de six à huit bars selon que l’essai porte sur un embout d’acier, sur une bouteille avant pasteurisation ou sur une bouteille après. Sur une tôle de 0,22 millimètre, le seuil individuel monte à sept bars et la moyenne à huit, sauf après pasteurisation où elle redescend à sept (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016). Un fabricant annonce pour sa capsule à arracher une tenue minimale de sept bars (SBI, 2024).
Le protocole dit ce que ces chiffres valent. Sur embout métallique, au moins neuf embouts dont la lèvre mesure 26,55 millimètres de diamètre reçoivent les capsules à éprouver, serties entre 28,6 et 28,8 millimètres ; vingt-quatre heures plus tard, l’ensemble est mis sous trois bars, la pression monte d’un bar par minute, et l’on note celle à laquelle chaque capsule commence à fuir. L’essai s’arrête à douze bars (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016). La valeur décrit donc une marge de sécurité que le fabricant s’engage à tenir, pas la pression du contenu.
Le reste du texte dit contre quoi cette marge est prise. L’écart de gaz carbonique entre une bière pasteurisée et la même bière non pasteurisée ne doit pas dépasser 0,2 gramme par litre, et la période pendant laquelle les matériaux ne doivent altérer ni l’odeur, ni le goût, ni la limpidité, ni la tenue de mousse est posée à douze mois entre la fabrication et le bouchage, plus douze mois après le bouchage, avec une exception nommée pour les joints à capteur d’oxygène (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016). La pièce est dimensionnée pour le tunnel de pasteurisation, le transport et deux ans de vie, pas pour la main du buveur, et c’est la raison de fond pour laquelle un ongle n’en vient pas à bout.
Une capsule à dévisser n’est pas une capsule à arracher
Les deux pièces se ressemblent et n’ont ni le même acier, ni la même bouteille, ni le même geste. À épaisseur égale, 0,22 millimètre, une capsule à arracher est emboutie dans une nuance TH415, d’une dureté nominale de 61 unités Rockwell, quand une capsule à dévisser l’est dans une nuance TS275, à 57 unités, donc dans un acier plus tendre. Amincir la tôle à 0,20 millimètre fait passer la capsule à arracher à deux nuances laminées deux fois, TH550 et TH580, dont le tableau donne la dureté sur une autre échelle Rockwell, 72 et 73 unités HR30TS, qui ne se comparent pas aux 61 de la TH415 (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016).
La différence se paie à l’ouverture. Une capsule à dévisser doit céder sous un couple compris entre 4 et 12 livres-force pouce, aussi bien juste après le capsulage que vingt-quatre heures plus tard (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016) : c’est la seule fermeture couronne dont la spécification prévoie une valeur d’ouverture à la main.
La bouteille tranche autant que la capsule. Le CETIE, qui publie les fiches de bagues employées comme référence commune par les verriers et les embouteilleurs, décrit les bagues couronne à visser dans des fiches distinctes de celles des bagues couronne ordinaires, indique qu’elles sont conçues pour recevoir une capsule couronne adaptée, et précise qu’elles ne conviennent pas aux bouteilles réemployées (CETIE, s. d.). Une capsule à arracher ne devient donc pas dévissable parce qu’on serre fort, et une capsule à dévisser posée sur une bague sans filet n’aurait rien pour se retenir. Sur une bouteille consignée, la question est même tranchée d’avance, puisque la bague à visser est écartée du réemploi.
Sous la tôle, un disque qui a changé deux fois
Le brevet américain 468 258, déposé le 16 juin 1890 par William Painter et délivré le 2 février 1892, consacre une part notable de son texte à ce qui viendra au contact de la boisson. Painter y recommande un disque plat de linoléum, fait de matière ligneuse granulée et d’une gomme qu’il présente comme pratiquement sans goût ni odeur, et retient pour la coiffe une tôle de fer étamée (Painter, 1892).
Une précision du même texte éclaire tout le reste. Pour de la bière pasteurisée en bouteille après fermeture, Painter demande que la face interne du disque reçoive une solution de gutta-percha, afin qu’il ne fonde pas, ne colle pas à la lèvre du goulot et devienne au passage plus imperméable (Painter, 1892). Deux exigences contradictoires sont donc posées dès l’origine : retenir le gaz pendant des mois, et se détacher proprement après un passage en pasteurisateur. Cent trente ans de formulation chimique découlent de cette contradiction.
Entre le disque de 1892 et celui d’aujourd’hui, c’est le polychlorure de vinyle, le PVC, qui a tenu le rôle. Un brevet accordé en 2019 à Actega DS, fabricant allemand de compositions de scellement, expose les trois motifs qui poussent l’industrie à s’en éloigner : à l’incinération, les plastiques halogénés dégagent des gaz acides ; même en faible quantité, le PVC gêne le recyclage mécanique des déchets plastiques ; enfin ces joints supposent l’emploi de plastifiants que le texte juge indésirables pour la santé (Coulter et Wittenberg, 2019). Le mouvement est déjà acquis chez les fabricants : la spécification allemande mesure la tenue en pression sur des capsules qualifiées de standard sans PVC (Deutscher Brauer-Bund et Verband Metallverpackungen, 2016), et la fiche technique déjà citée n’offre plus que deux joints, l’un sans PVC, l’autre à capteur d’oxygène, tous deux à base de polyéthylène basse densité (SBI, 2024).
Ce brevet de 2019 ne porte d’ailleurs pas sur la capsule que l’on arrache, mais sur les bouchages à vis, et en particulier sur la couronne à torsion : c’est elle qui était produite à partir de compositions au PVC, seules capables de tenir à la fois l’étanchéité et le couple d’ouverture exigés (Coulter et Wittenberg, 2019). Le confort d’ouverture d’une bouteille est donc une propriété du joint autant que de la nuance d’acier.

Un joint qui capte l’oxygène
La formulation de remplacement décrite par ce brevet mêle polyoléfines, élastomères thermoplastiques et huile blanche médicinale, et embarque environ 6 % de sulfite de sodium en poudre très fine, sous 20 micromètres et de préférence sous 7, dont la fonction est de capter l’oxygène qui franchit la fermeture. Les essais publiés opposent deux joints de composition par ailleurs identique, l’un avec ce capteur et l’autre sans, sur des bouteilles remplies non pas de bière mais d’un simulant ajusté à son pH et à son gaz carbonique. Sans capteur, l’oxygène total accumulé dans la bouteille passe de 0,097 partie par million au sixième jour à 0,220 au vingt-sixième, 0,614 au quatre-vingt-quatorzième et 1,130 au cent quarante-sixième. Avec capteur, les mêmes échéances donnent 0,051, 0,098, 0,253 et 0,309 (Coulter et Wittenberg, 2019). Le facteur trois que le brevet revendique tient à cette seule poudre.
Deux enseignements sortent de ce tableau. La quantité en jeu se compte en dixièmes de milligramme par litre sur des mois, ce qui place le sujet hors de portée de toute observation à l’œil nu. Il existe malgré tout un seuil : le brevet situe à une partie par million la concentration à partir de laquelle un effet gustatif est habituellement admis, valeur que la bouteille à joint ordinaire dépasse avant cinq mois et que la bouteille à joint capteur n’atteint jamais sur la durée de l’essai.
Ces valeurs paraissent dérisoires tant qu’on ne les rapporte pas aux molécules qu’elles engendrent, lesquelles se perçoivent à des concentrations plus faibles encore. Le trans-2-nonénal, l’un des marqueurs les plus étudiés du vieillissement de la bière, porte des descripteurs de carton, de papier et de concombre, et son seuil de perception est situé à 3 centièmes de microgramme par litre, quand les concentrations relevées dans la bière s’échelonnent entre 0,17 et 0,42 microgramme par litre, soit près de six à quatorze fois au-dessus de ce seuil (Șutea et al., 2025). Il se forme par oxydation d’acides gras insaturés, en particulier de l’acide linoléique.
La même revue rappelle que la maîtrise de l’oxygène commence bien avant la fermeture, à l’empâtage, à la filtration et à l’ébullition (Șutea et al., 2025). La capsule n’est donc pas la seule ligne de défense, mais elle est la dernière, et la seule qui doive tenir pendant toute la durée de vie annoncée sur l’étiquette. Le raisonnement vaut aussi pour qui embouteille chez lui : en brassage amateur, le remplissage et le capsulage sont les deux gestes où l’on reprend de l’air sans s’en apercevoir.
Ce que le joint prend aux arômes
Une fermeture ne fait pas que retenir, elle absorbe. Le phénomène porte un nom en science de l’emballage, le flavor scalping : les composés aromatiques du contenu migrent dans le polymère et disparaissent du produit sans laisser de trace mesurable dans le contenant. Une revue de 2026 en donne la hiérarchie par matériau, le polyéthylène basse densité fixant fortement les terpènes quand le polytéréphtalate d’éthylène n’en retient presque rien, et chiffre le phénomène sur des bouchons de vin, où l’absorption d’un ester après deux ans va d’environ 20 % pour un liège naturel à 70 % pour certains bouchons synthétiques (Kontominas, 2026).
Cette revue ne traite ni de la bière ni des joints de capsule, et rien n’autorise à transposer ses pourcentages. Le rapprochement se pose pourtant tout seul, puisque la fiche technique citée plus haut donne précisément le polyéthylène basse densité comme base du joint (SBI, 2024), et que ce joint reste en contact permanent avec le ciel gazeux de la bouteille, c’est-à-dire avec les composés les plus volatils, ceux qui font le nez d’une bière fraîchement houblonnée. Ce qui se joue là n’apparaît sur aucune analyse de routine, et reste une piste ouverte plutôt qu’un fait établi.
Ce qui se décide au moment du bouchage
Sur une capsule, presque tout est arrêté avant que la bouteille ne quitte la ligne. Les cotes viennent d’une norme, la nuance d’acier découle du geste d’ouverture prévu, le serrage vient d’un réglage de capsuleuse, et l’oxygène enfermé avec la bière comme la formulation du joint qui en captera une part ou non se jouent au même instant. Rien de tout cela ne se lit sur l’emballage, et rien ne se rattrape après coup, contrairement à la température de stockage, que le détenteur de la bouteille contrôle jusqu’au bout. C’est aussi ce qui distingue le conditionnement en bouteille des contenants sous pression comme le fût de bière ou les installations de bière pression, où le gaz est apporté et renouvelé au lieu d’être enfermé une fois pour toutes.
Questions fréquentes
Pourquoi une capsule de bière a-t-elle vingt et une dents ?
Parce qu’une norme le dit. DIN 6099 fixe les dimensions de la capsule couronne, et la spécification technique du secteur reprend le compte tel quel, à côté du diamètre extérieur de 32,1 millimètres et de la hauteur de 6 millimètres. Ce que ces dents servent à faire se lit dans la cote de fermeture recommandée, entre 28,6 et 28,8 millimètres : le pliage de la jupe absorbe cet écart d’un peu plus de trois millimètres. Aucune des sources ouvertes n’explique en revanche pourquoi le compte s’est arrêté à vingt et une plutôt qu’à un autre nombre.
Comment savoir si une bouteille se dévisse ou se décapsule ?
Pas en regardant la capsule, qui garde la même collerette et les mêmes dents dans les deux cas. C’est la bouteille qui décide : une capsule à dévisser suppose une bague filetée, décrite par le CETIE dans des fiches distinctes de celles des bagues couronne ordinaires, et elle est emboutie dans un acier plus tendre. En cas de doute, la seule manœuvre sans risque est d’essayer de dévisser sans forcer, puis de prendre un ouvre-bouteille, qui passe sur les deux.
Le joint des capsules contient-il encore du PVC ?
Il en a longtemps contenu, et l’industrie s’en éloigne. Le brevet de 2019 énumère les raisons de cet abandon, dégagement de gaz acides à l’incinération, gêne du recyclage mécanique des plastiques et recours à des plastifiants, puis décrit une formulation de remplacement associant polyoléfines, élastomères et capteur d’oxygène (Coulter et Wittenberg, 2019). La fiche d’un fabricant de capsules à arracher ne propose d’ailleurs plus que deux joints, tous deux sans PVC (SBI, 2024). Un consommateur ne peut pas trancher devant le rayon : rien ne figure sur la coiffe.
Un capsulage maison vaut-il un capsulage industriel ?
Sur la tenue mécanique, oui, puisque le principe de sertissage est celui décrit en 1892 et qu’il ne dépend pas de la machine qui l’applique. Sur l’oxygène, non, et l’écart ne vient pas de la capsuleuse mais du joint : les compositions à capteur divisent par trois environ ce que la fermeture laisse entrer (Coulter et Wittenberg, 2019), et rien sur un sachet de capsules ne dit ce que contient le disque. La compensation raisonnable consiste à boire ces bouteilles jeunes plutôt qu’à chercher à les faire vieillir.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
